Nos coups de coeur

Bernard Malamud

Le tonneau magique

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

Bernard Malamud fait partie de ces écrivains américains qui nous incitent à reconsidérer la littérature outre atlantique par-delà les préjugés. Le tonneau magique, livre de chevet de Philip Roth, devrait permettre la reconnaissance pleine et entière d’un auteur encore méconnu en France. Les treize nouvelles qui composent ce recueil invitent le lecteur à explorer la condition humaine dans sa plus pure expression. Même s’il prend essentiellement comme sujets des Juifs new-yorkais, il parvient à les ériger en représentants de l’humanité dans sa globalité. La plupart des personnages peuplant l’univers de Malamud appartiennent à la vie quotidienne, qu’ils soient boulanger ou cordonnier, rien ne les destine à un quelconque héroïsme. Pourtant, à partir de situations présumées banales, Malamud fait jaillir la dimension existentielle de leur vie. Le format court ne dessert pas du tout l’écriture de Malamud qui, d’une grande finesse, réussit en quelques lignes à opérer ces tours de magie, où d’autres écrivains ont besoin de dizaines de pages. Et si les nouvelles se succèdent, l’atmosphère reste. Un vrai bijou.

Olga LECAYE

Didi Bonbon

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

Comment prouver que l’on aime fait prendre des risques ou Comment désobéir fait grandir

Didi n’a pas envie de dormir.
Fuguer quand le soir est venu peut bien se justifier par la
recherche d’un cadeau à ses très chers parents….
Didi est futée, à plus d’un titre, et ne détourne la vérité, encore une fois, que pour berner le loup devenu naïf par gourmandise.
Connaissez-vous le pouvoir sédatif des coquelicots ?

Les belles peintures de la plaine verte, des sous-bois lumineux, de l’Ogre-loup un peu pataud, de la chambre où maman vient s’assurer que sa petite souris s’est endormie, confèrent au récit écrit comme un conte où l’épreuve centrale est une question de vie ou de mort, une puissance onirique que l’on souhaite retrouver aussitôt le livre fermé. Et Olga Lecaye ne manque pas de jouer sur les mots en parlant des fesses rebondies de Didi, souris qui n’est autre que l’archétype de toutes les petites filles.

Julio Cortazar

Les armes secrètes

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

Les armes secrètes est un des nombreux recueils de nouvelles que nous a légués l'écrivain argentin Julio Cortazar. Au même titre que son compatriote Jorge Luis Borges, Cortazar ne peut pas laisser indifférent le lecteur ou la lectrice qui ose s'aventurer dans ses nouvelles. Non qu’il faille avoir le cœur bien accroché pour le lire, mais il faut s’attendre à être profondément troublé, à entrevoir la réalité sous un angle inconnu et même insoupçonné. Julio Cortazar possède ce don rare de savoir ouvrir des fenêtres que l’on ne voyait même pas.
Le format moyen des nouvelles choisies ici (quatre ou cinq dizaines de pages) s’accommode parfaitement avec l’art de Cortazar qui consiste à faire prospérer une situation de plus en plus énigmatique jusqu'à la résolution salutaire. Salutaire car le texte s’interrompt mais l’intrigue, elle, continue à habiter le lecteur, le point final ne met fin qu’en apparence à l’étrangeté qui nous a habitée. Antonioni ne s’y est pas trompé en adaptant avec Blow up la nouvelle Les fils de la vierge. Nous apprécions tout autant Bons et loyaux services, où Cortazar choisit pour narrateur à la première personne… une narratrice, ou le titre éponyme Les armes secrètes, où l’écrivain dissipe progressivement les brumes d’un souvenir indicible.

Robert Louis Stevenson

L'île au trésor

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

Qui a dit que ce roman était pour enfants ? Certes, le narrateur est âgé de quatorze ans mais il fait preuve d’une sérénité déconcertante dans des situations plus périlleuses les unes que les autres. Les pirates quant à eux sont infréquentables sous tout rapport, dénués de morale et de considération pour la vie humaine. L’objectif est clair : pour Long John Silver, personnage fantasque à la fois cuisinier et capitaine charismatique, et ses acolytes, l’appât du gain justifie tous les moyens. Stevenson n’abandonne aucunement l’écriture dans ce roman d’aventure qui se laisse dévorer.
Il dépeint l’action en développant différents styles qui correspondent à chaque personnage, du langage a priori naïf du narrateur Jim Hawkins aux tirades hachées et argotiques des pirates. Le génie de Stevenson est de livrer un roman pour enfants à mettre entre les mains des adultes, afin qu’ils comparent leur lecture et fassent surgir la richesse de ce texte fondateur. Stevenson a montré qu’il savait renouveler les mythes et les rendre accessibles, comme il le fera quelques années plus tard avec L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde (Folio junior). Il est donc temps de revenir à la source pour mieux comprendre ses héritiers, et les dépasser.

Keizaburo Tejima

Le vol du cygne

Couverture du livre Le vol du signe

Le vol du cygne
Keizaburo Tejima

S’il ne faut lire qu’un album pendant les moments difficiles, lors de séparation ou de solitude, c’est « Le vol du cygne ».
Ce livre nous rappelle combien quitter nos anciens, nos malades, nos fragiles, est une douleur immense, et que seul l’accompagnement dans les derniers instants chante un hymne à l’amour et à la vie.
Le soleil brille, la belle saison arrive, et tous les cygnes n’aspirent qu’à retourner dans leurs contrées natales. Mais une famille reste au sol car l’un des leurs est malade et ne se rétablit pas.

Par la magie de la nature qui remplace les parents, le jeune cygne s’endort apaisé.

Les illustrations, des gravures sur bois, participent à la profondeur de ce récit tout en délicatesse et sobriété.

Emile Zola

La débâcle

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

La débâcle
Emile Zola
Paru en 2016.

Livre de poche

L'avant-dernier volume de la fresque des Rougon-Macquart, un des moins connus comme le sont à regret les derniers tomes, tient non moins une place prépondérante dans la série puisque, en quelque sorte, il boucle la boucle.

Alors que La fortune des Rougon, premier tome, ouvrait sur l'accession au pouvoir de Napoléon III, "La Débâcle" retrace la terrible défaite de Sedan où l'Empereur erre tel un "fantôme". Comme à l'accoutumée, Zola procède comme un journaliste et, à travers la peinture fidèle d'une déroute sanglante, nous plonge dans le coeur même de la guerre.
Lire La débâcle, c'est donc accompagner les soldats hagards d'une armée dont la victoire est d'emblée un mirage.

Zola fait de cette blessure nationale anticipatrice de la Première Guerre mondiale un récit sans concession où l'Empereur, les Républicains, les Communards sont jetés pêle-mêle dans un évènement dramatique qu'aucun ne maîtrise.

Shih-Li Kow

La somme de nos folies

Couverture du livre La somme de nos folies de Shih-Li Know

Une chronique fine, drôle, dépaysante, qui vous transporte en Malaisie, à Lubok Sayong, petite ville entre rivières et lacs, régulièrement inondée, au nord de Kuala Lumpur.

Des péripéties nourries par la légende et pourtant bien ancrées dans un pays en pleine mondialisation, entre modernité et tradition.

Le récit se joue à deux voix, celle de Mary Anne, une ado facétieuse orpheline et celle de Auyong, ami chinois fidèle : il vous entraîne à la rencontre d’une grand-mère conteuse au caractère bien trempé, d’une éleveuse de sangsues, d’un potier aux main d’or et d’autres personnages singuliers et attachants.

Vous prendrez part à l’ouverture de chambres d’hôtes dans « la grande maison » aux quatre tours de style et de couleurs différentes, chacune dédiée alors à une épouse. Pénétrez son histoire, laissez vous entraîner dans l’étrange mystère de son jardin. Assistez à la naissance d’une gay pride locale, ….

Une somme de folies imprégnées d’amitié, de tolérance, de solidarité.

Avec en prime une couverture, au graphisme unique et couleurs subtiles, propre aux éditions Zulma.

Trevanian

Shibumi

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

Shibumi
Trevanian
Paru en 2016.

Editions Gallmeister Collection TOTEM

Avec La sanction, Shibumi est l'ouvrage le plus connu et le plus caractéristique de Trevanian, auteur américain entouré de mystère. Trevanian n'épargne personne dans ce récit d'espionnage à l'humour caustique, ni les Etats-Unis qu'il a quittés, ni la France qui l'a accueilli.

Il nous entraîne dans le parcours tortueux de Nicholas Hel, anti-héros aussi arrogant que fascinant, enfant russe élevé en Chine, puis au Japon au moment de la Seconde Guerre mondiale.

Sollicité par la fille d'un ancien ami qui met à l'épreuve son sens de l'honneur, Nicholas se retrouve confronté à la tentaculaire Mother Compagnie, structure occulte chargée de défendre les intérêts pétroliers à travers la planète. Une partie de go grandeur nature s'engage alors entre Nicholas et son adversaire.

André MALRAUX

Les Conquérants

Couverture du livre les conquérants de André Malraux

Les Conquérants
André MALRAUX
Paru en 1928.

Éditions Folio.

Premier tome de la fameuse trilogie asiatique de Malraux, Les Conquérants reste encore dans l'ombre de La condition humaine. Pourtant, il aborde des thèmes identiques dans une langue et avec une finesse égales.
L'action se situe quelques années avant, Hong Kong est alors sous domination anglaise. Le Kuomintang et ses alliés, parmi lesquels des cadres européens, organisent des grèves et attentats afin de défaire la Chine de l'impérialisme.
Les personnages sont confrontés aux dilemmes qui agiteront plus tard les héros de la Condition humaine: le choix entre action violente ou protestation pacifique, le prix de la liberté, le sacrifice de soi pour les autres, la distinction poreuse entre amis et ennemis.
Le tout dans une Chine des années 1920, autant dire un monde englouti donc dépaysant, qui préfigure néanmoins les relations actuelles entre Chine, Russie et Occident.

Victor del Arbol

La tristesse du Samouraï

Couverture du livre La Tristesse Du Samourai

La tristesse du Samouraï
Victor del Arbol
Paru en janvier 2013.

Éditions Actes Sud.

« Personne n’est jamais totalement innocent ».
Leurs actes au nom d’un combat, même justifié, ne le sont pas. Où est le bien, où est le mal ?
Plongez dans l’aprés -guerre des années 1940 et jusqu’aux années 80 au cœur d’une Espagne meurtrie par les complots, les conflits, la soif du pouvoir quel qu’en soit le prix à payer, où l’amour peine à trouver sa place.

Découvrez comment les protagonistes apparemment sans lien au commencement, deviennent les pièces d’un puzzle meurtrier, tous nourris de haine, de vengeance, à la recherche d’une rédemption qu’ils ne sont pas sûrs d’obtenir .
« Est-il vrai qu’il ne faut se fier à personne, qu’il ne faut rien attendre de bon de personne, pas même de celui qui se prétend ton ami ? »
A nous lecteurs de peser la part d’humanité perdue ou pas de chacun de ces personnages.

VALÉRIE ZENATTI

Jacob, Jacob

Couverture du livre Shibumi de Trevanian

Jacob, Jacob
VALÉRIE ZENATTI
Paru le 21 août 2014.

Disponible, Broché 16 € 1 vol. (165 p.) 21 x 14 cm

"Prix du livre Inter 2015" attribué lundi 8 juin 2015

«Le goût du citron glacé envahit le palais de Jacob, affole la mémoire nichée dans ses papilles, il s'interroge encore, comment les autres font-ils pour dormir. Lui n'y arrive pas, malgré l'entraînement qui fait exploser sa poitrine trop pleine d'un air brûlant qu'elle ne parvient pas à réguler, déchire ses muscles raides, rétifs à la perspective de se tendre encore et se tendant quand même.»

Jacob, un jeune Juif de Constantine, est enrôlé en juin 1944 pour libérer la France. De sa guerre, les siens ignorent tout. Ces gens très modestes, pauvres et frustes, attendent avec impatience le retour de celui qui est leur fierté, un valeureux. Ils ignorent aussi que l'accélération de l'Histoire ne va pas tarder à entraîner leur propre déracinement.

L'écriture lumineuse de Valérie Zenatti, sa vitalité, son empathie pour ses personnages, donnent à ce roman une densité et une force particulières.

TERRY HAYES

Je suis Pilgrim

Couverture du livre La somme de nos folies de Shih-Li Know

Je suis Pilgrim
TERRY HAYES
Paru le 2 Avril 2014

On verra sans doute sur les plages de l’été bronzer plus d’un « Je suis Pilgrim » (V.O. I am Pilgrim), dont l’édition en poche occupe les tables de toutes les librairies de la Côte. Et ce ne sera pas le moins bon choix.
Ce thriller de 900 pages étant, semble-t-il, exactement calibré pour tenir son lecteur en haleine le temps d‘une petite semaine de congés payés.

Terry Hayes, son auteur, connaît bien son affaire : jusqu’à ce premier roman, il avait surtout participé à l’écriture de scenarii plutôt efficaces pour le cinéma (le retour de Mad Max, c’est lui). Tous les ingrédients du page-turner sont donc réunis pour une tambouille plus qu’honorable, mêlant destinations exotiques (Tchétchénie, Emirats, Liban, Bureau ovale, etc.), espions vintages et intrigues… intrigantes.
On n’est pas loin de John LeCarré période « La Petite fille au tambour », c’est à dire encore loin de la maîtrise et des bonheurs d’écriture qui rendent si attachants les derniers romans de notre honorable correspondant.
On reconnaîtra cependant à l’auteur une réelle habileté à assembler les grands thèmes du moment : menace islamiste, guerre bactériologique, théorie du complot, traumatisme post 11 Septembre et serial killer, ne manque plus qu’un vampire, il est vrai très improbable, pour faire, comme disait l’autre, « la somme de toutes les peurs ».

Heureusement très élaborée, la construction du livre (qui ose des flash‐backs de plusieurs centaines de pages) est suffisamment savante pour faire tenir ensemble plusieurs pistes a priori sans lien entre elles (dont, excusez du peu, celle de la préparation d’un attentat terroriste supposé décimer la population des Etats‐Unis) – histoires mêlant politique planétaire et intrigues domestiques qui bien sûr n’en feront plus qu’une, dans un final aussi haletant qu’inattendu, pile au moment où vous bouclerez vos valises de retour.

LB : Humeur : vacances, j’oublie tout ! A ranger avec le numéro d’août du Monde diplomatique.